En 2011 au Canada, on estime à 23 400 le nombre de femmes qui recevront un diagnostic de cancer du sein et à 5 100 le nombre de celles qui en mourront. En moyenne, chaque jour, 64 Canadiennes apprendront qu'elles sont atteintes du cancer du sein et 14 Canadiennes mourront des suites de la maladie. Une femme sur neuf risque d'avoir un cancer du sein au cours de sa vie. Une femme sur 29 en mourra. Le 16 décembre 2011, je suis devenue officiellement une des 23 400 femmes ayant un diagnostic de ce cancer. En 2021, on estime que 229 200 Canadiens recevront un diagnostic de cancer et que 84 600 décèderont du cancer.


samedi 3 mars 2012

Au jour le jour


 Pour ceux qui arrivent sur ce blogue pour la première fois,  je suggère de commencer par le début. Les liens sont présentés par ordre chronologique dans la colonne de droite.


27 février

L’énergie revient plus rapidement que lors de l’opération 1. Il est vrai que l’intervention a duré moins longtemps. Cette fois, j’espère profiter pleinement de cette parenthèse entre opération et chimiothérapie. Car c’est ainsi que j’apprends à vivre. En acceptant chaque jour pour ce qu’il est. Il y a des mauvais jours, comme samedi dernier. Douleur, nausées et fatigue. Il y a des bons jours comme ce lundi alors que le corps est comme une rivière délivrée de sa prison de glace.

Visite de ma grande amie L. cet après-midi. Trop courte visite pour combler les 500 kilomètres qui nous séparent depuis une décennie.  Elle me condamne à l’optimisme, se présentant pour preuve que l’on peut vaincre le cancer. Ajoutant exécrer le mot « survivante » utilisé pour les femmes ayant combattu avec succès le cancer du sein.

-    On n’est pas des survivantes, assure-t-elle, mais des victorieuses. On l’a vaincu.

-    Survivre : « réchapper à une catastrophe » définit l’encyclopédie internaute. Résister, continuer, demeurer, persister, rester.

-    Mais je te le concède, lui dis-je, j’aime bien l’idée de la victoire.  

28 février

Journée moins glorieuse. Trop abusé d’une énergie fragile. Le besoin d’aller marcher est impérieux. J’ai rebroussé chemin à mi-parcours, tristement heureuse de retrouver les bras de mon fauteuil.

Depuis fin janvier, surtout après mon entrevue à CBJ, j’ai reçu plusieurs témoignages. Des « victorieuses » soucieuses de m’encourager. Des agressées récentes qui avouent envier mon aveu public. Leur crainte est le regard des autres. Surtout le regard de l’autre :

-    J’ai épousé une femme complète. Pas question que je reste avec une demi-femme, lui a-t-il dit en la quittant, me raconte une dame outrée.

Elles craignent la pitié autant que le dédain. Le cancer du sein atteint la femme dans sa féminité et dans l’expression de sa sensualité. Elles ne veulent pas seulement survivre. Elles veulent vivre.

En phase combat, la préoccupation ne concerne pas ou peu les perspectives de reconstruction du corps mutilé. (Si ma recherche est bonne, il semble que la reconstruction mammaire post mastectomie pour tumeur maligne, que ce soit sur le sein mastectomisé ou sur le sein controlatéral, est d'emblée autorisée. Ceci s’applique aux codes 1386 et 1388.) Source RAMQ. Cela fait partie d’un « après » encore lointain. Tout comme la perte des cheveux : perruque, foulard, tonde?  Curieux que ces questions préoccupent tant les personnes non concernées, me suis-je dit.

Au cumul des témoignages, je comprends mieux pourquoi le silence des femmes. Le mot cancer frappe de plein fouet celle qui reçoit le diagnostic, mais tout son entourage est ébranlé. La majorité des « autres » se précipite sur les statistiques rassurantes de rémission.

-    C’est le cancer qui se soigne le mieux, me dit-on souvent.

-    Oh! que je suis contente!,
que j’ironise en silence. De quoi devrais-je me plaindre?
 
En fait, je ne me plains pas. J’affirme un fait : j’ai un cancer. Je confirme une action : je me bats. Et quand la douleur me rappelle le coup du scalpel ouvrant ma chair je râle. Cette soudaine sensation d’une coupure profonde qui m’assaille plusieurs fois par jour m’indispose.  
 
29 février

Pas question de musarder. Aujourd’hui je grimpe au moins le tiers de la grande côte.

-    Avance Christiane. Marche vers demain.

Au retour, appel de mon infirmière pivot, inquiète de ne pas avoir de mes nouvelles depuis la seconde opération. Je la rassure et décris mon quotidien. Elle me gronde gentiment.

-    Vous voulez aller trop vite. Vous venez tout juste de subir une seconde intervention. Donnez-vous le temps de récupérer.
 

Contente d’apprendre que je m’entête à aller marcher, elle m’a recommandé un peu de modération dans mes autres exercices.

-    Ah!? Je ne peux pas encore commencer les poids et haltères?

-    Surtout pas,
réplique-t-elle alarmée, avant de comprendre que je la taquine.

Elle ne semble pas pressée de raccrocher. Chaque fois, ces infirmières qui nous soutiennent me convainquent de leur disponibilité. Je les sens attentives. Les questions sont pertinentes et visent à entendre aussi ce que je pourrais taire. Justement, je m’inquiète de mon futur oncologue. Un congé de paternité l’a éloigné temporairement. Toujours à l’affût du bon côté des choses, je me dis que la seconde opération a suffisamment retardé le traitement en chimiothérapie pour lui donner le temps de revenir au travail. Un papa tout neuf, cela augure bien dans un combat pour la vie!

***  

5 commentaires:

  1. Josée Beaumont3 mars 2012 à 15:50

    Via FB : Je pense à vous... Merci pour vos textes...

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  2. Denise Pelletier3 mars 2012 à 15:50

    Via FB : Christiane: quand je t'ai envoyé mon courriel, je ne savais pas que tu préparais ce précieux billet: merci de rassurer et renseigner ainsi tes lecteurs et lectrices. Il faut comme tu dis, prendre les choses "un jour à la fois". Et tu as tout mon appui moral et amical.

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  3. Simone Vanantwerpen3 mars 2012 à 15:52

    Via FB : Il n'y en a pas deux comme toi pour encourager les autres et partager avec tes mots tous tes sentiments... Avec toi et bien trop loin... cousine.

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  4. Ouf! je viens de lire... en commençant par le début. Un plaisir pour la qualité de l'écrit. Une grande émotion pour ce qui est écrit. Christiane permettez-moi de vous dire que ce blog est tout sauf inutile. Ma mère est morte du cancer du sein à 76 ans. Elle a beaucoup souffert et beaucoup pleuré. Trop souvent sans être comprise. Quand vous dites que c'est tout l'entourage qui est ébranlé, c'est tellement vrai. Et malheureusement on n'ose pas parler de cela. On ne sait pas comment parler. Je viens d'avoir mon diagnostic.J'attends de connaître quand je serai opérée. J'ai 55 ans. C'est une personne à mon travail qui m'a parlé de Nordique du cancer. J'ai pleuré et j'ai ri en vous lisant. À ma demande mon mari et mes enfants vous ont lu. Et nous avons parlé comme je n,imaginais même pas que cela pouvait m'arriver. Ne lâchez pas. Ne nous lâchez pas. Vos mots me portent.
    Marie-Claude

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  5. Patrice Leblanc8 mars 2012 à 11:56

    Via FB : Salut Christiane!

    Je veux te souhaiter une merveilleuse journée de la femme!

    J'ai lu ton blogue (Nordique du cancer) et bien que cela m'ait tiré quelques larmes, ton témoignage m'a donné une sorte de courage et un désir de vivre encore plus grand que celui que j'avais déjà. Tu es une inspiration merveilleuse pour n'importe quel être humain. Je suis de tout coeur avec toi et bien que concrètement je ne puis faire grand chose, je pense à toi souvent en espérant que tout l'espoir que j'ai pourra t'accompagner dans cet autre combat...

    Paix et amour!!!

    Avec amitié et admiration!

    Pat xx

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